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Le théâtre de l'absurde de Michaëlle Jean |
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Un autre magnifique été canadien cède graduellement sa place à l'automne. Les paisibles journées estivales durent de moins en moins longtemps et l'attention de la presse sur Michaëlle Jean semble diminuer elle aussi. Pour d'aucuns, l'activité médiatique entourant le sort de Mme Jean est un drame aux dimensions épiques, une tragédie touchant notre pays au plus profond de son être. Mais à nos yeux, il s'agit plutôt d'un théâtre de l'absurde, d'une comédie de bas étage où le politiquement correct et l'inaptitude rivalisent pour abaisser une institution déjà en perte de vitesse. |
Politiquement correct à tout prix Les Canadiens et Canadiennes vivent malheureusement sous le joug d'une grande rigidité politique. Cela est devenu particulièrement apparent lorsque est venu le moment de choisir la Gouverneure générale précédente ? De fait, ce qui importait à l'époque, c'était de sélectionner (1) une minorité visible (2) une immigrante et (3) une femme mariée ayant la responsabilité d'un mari. Ainsi s'explique le fait qu'Adrienne Clarkson et son conjoint aient accédé à un poste leur permettant de dépenser un peu de notre argent et de nos impôts. La nomination de Mme Jean s'écarte légèrement de cette formule. Dans son cas, deux facteurs sont venus agrémenter la sauce. Premièrement, Michaëlle Jean est une Francophone et par surcroît elle habite au Québec. Il est évident que l'entourage du Premier ministre n'a pu résister à un tel appât. Impossible, pensèrent-ils, de se montrer plus politiquement correct que cela. Le bureau de Premier ministre en cherchant à tout prix la voie de la rectitude politique a réussi à se mettre à dos une large proportion des Canadiens d'allégeance conservatrice. Un grand nombre d'entre eux ont avalé tout rond les insinuations lancées par le journal sécessionniste " Le Québécois ". Abasourdis par les allégations voulant que la nouvelle Gouverneure ait fraternisé avec des meurtriers du FLQ et des penseurs séparatistes, nombre de militants conservateurs ont entrepris une chasse aux sorcières dans la meilleure tradition du McCarthysme, rétablissant le concept de culpabilité par association et prônant même l'abolition du vote secret. Ce n'est pas là une façon très canadienne de procéder. Et ce dont nous devons nous souvenir, c'est qu'il faut craindre par-dessus tout la crainte d'avoir peur. Rappelons-nous les cris angoissés qui ont fusé lorsque le bloquiste Gilles Duceppe est devenu chef de la loyale opposition de Sa Majesté ? Et bien, notre fédération a survécu et même prospéré au cours de cette période. Quant à Duceppe, il s'est avéré être un acteur beaucoup plus compétent et enjoué que Stephen Harper, dont le jeu sans panache ni odeur ne parvient tout simplement pas à passer la rampe.
Le public canadien, bien que davantage habitué à des gaffes parmi les politiciens, avait commencé à percevoir au cours de la dernière année une apparence de compétence au sein du Bureau du Premier ministre, et ce, grâce à une série de décisions surprenantes de la part du gouvernement : négociation d'une entente sur le budget avec Jack Layton; orchestration de la défection de Belinda Stronach et celle du vote historique sur le budget décidé in extremis par Peter Milliken. Toutefois, le traitement désastreux de la nomination de Michaëlle Jean est venu mettre en évidence l'inaptitude consommée dont est affligé le gouvernement Martin. Le Bureau du Premier ministre souligne sans doute avec raison que la virulence des attaques séparatistes à l'endroit de Mme Jean est le signe que cette nomination est en train de leur faire du tort. Et de fait, le choix du Premier ministre atteint le talon d'Achille du PQ à Montréal, soit les communautés multiculturelles qui refuseront désormais de se laisser entraîner dans le nationalisme ethnique. Du reste, les Libéraux fédéraux semblent destinés par la force des choses à continuer de gouverner, puisqu'ils se positionnent aujourd'hui encore au centre de l'échiquier politique canadien, s'approprient année après année les meilleures idées des Conservateurs et provoquent des défections majeures dans les rangs Tory à des moments critiques. Enfin, en recrutant Michaëlle Jean pour succéder à Adrienne Clarkson, le gouvernement Martin mettait le doigt une faiblesse majeure des sécessionnistes: tant et aussi longtemps que ces derniers insisteront pour donner au mot " francophone " une signification ethnique, leur projet sera voué à l'échec. Par contre, la nomination de l'ancienne sympathisante péquiste laisse beaucoup de questions sans réponse. Martin a-t-il oublié la mésaventure du Premier ministre Mulroney, qui en flirtant avec des séparatistes a permis à Lucien Bouchard de mettre sur pied la plus dangereuse menace pour la fédération ? Le Conseil privé n'aurait-il pas pu identifier d'autres personnalités québécoises susceptibles de plaire aux nationalistes modérés, mais dont le dossier n'aurait pas été entaché par des terroristes du FLQ ? Jean Lapierre, anciennement séparatiste et actuel Ministre des Transports, aurait-il personnellement recommandé cette nomination à Paul Martin ? Et si oui, où était passé Lapierre lorsque la nomination de Mme Jean défrayait les manchettes ? Pourquoi dans ce tourbillon médiatique Paul Martin apparaît-il comme le dindon de la farce ? Les scénaristes à l'emploi du Bureau du Premier ministre en laissant trop de questions en suspens entretiennent en fin de compte l'image d'un gouvernement inepte.
En dernier lieu, il ne faut pas oublier de mentionner le peu d'importance que revêt le poste de Gouverneur général. Ce manque d'importance replace l'affaire Michaëlle Jean dans sa juste perspective. Sa nomination au fond est le résultat d'un patronage flagrant, mais à un poste absolument insignifiant. De façon générale, les personnes nommées à un tel poste font ce que leur dicte le Premier ministre. Pour cela, elles gagnent 113,400 $ par an, ne paient aucun impôt, vivent d'un budget de 19 millions $ et résident dans le luxe absolu. Le travail principal d'un Gouverneur général, à part de faire ce qu'on lui dit, est de représenter la Reine. La plupart des Canadiens, à la différence d'Uni.ca, tolèrent le fait que la Souveraine, notre Chef d'Etat, n'ait même pas la citoyenneté canadienne. Notre groupe par contre sympathise avec ceux qui dénoncent la citoyenneté française de la Gouverneure d'autant plus que la France cherche depuis de nombreuses années à saper l'unité canadienne et soutient à mots couverts le séparatisme, et ce, depuis même avant le discours prétentieux du Général de Gaulle. Au moins, la nouvelle gouverneure, contrairement à la Reine, détient, elle, la citoyenneté canadienne. En contraste avec le poste de gouverneur général, nous d'Uni.ca venons comme par coïncidence d'élire un nouveau leader en la personne de Philippe Paquette. Ce dernier a remporté la présidence en avouant publiquement lors de l'AGA qu'il avait autrefois voté en faveur de la souveraineté-association. Cet aveu a laissé presque indifférents l'ensemble des électeurs. Depuis son arrivée, Philippe a contribué énormément à notre mouvement et nous estimons qu'il saura admirablement s'acquitter de ses tâches présidentielles. Nous suggérons aux Canadiens de considérer la nomination de Michaëlle Jean de la même manière que nous avons accepté, à moindre échelle bien sûr, celle de notre nouveau Président. Peut-être ce dernier a-t-il par le passé soutenu la souveraineté-association, mais il a évolué depuis et se voit maintenant prêt à assumer la Présidence d'Uni.ca, avec tous les défis et les avantages reliés à ce poste. Il convient de porter sur lui un jugement qui soit fondé non pas sur le nombre de parties-surprises auxquelles il a participé dans sa jeunesse ou sur la couleur de son vote lors d'un ancien référendum, mais bien sur la qualité de son travail actuel et sur son efficacité. |
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