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Marche arrière
L'éternel débat sur l'unité canadienne, la sécession et la séparation a été éclipsé dernièrement par le spectre de la ségrégation. En effet le Conseil scolaire de Toronto vient de voter en faveur de la mise sur pied d'écoles alternatives réservées aux élèves de race noire et offrant un programme d'apprentissage ethnocentrique. Le feu vert dans ce cas dépendra des résultats d'un sondage d'opinion mené auprès de parents intéressés au printemps prochain. Comment en est-on venu à prendre pareille décision ? Rien de plus simple : à Toronto, la population étudiante noire souffre d'un taux de décrochage d'environ 40 %. Un chiffre aussi catastrophique reflète l'échec de nos gouvernements et celui des citoyens ordinaires en ce qui a trait à l'accommodement des groupes minoritaires. La carence d'enseignants et d'administrateurs en provenance de groupes ethniques ne représente qu'un des défis, l'autre étant le préjugé bien ancré qu'il incombe aux groupes ethniques de s'intégrer eux-mêmes à notre société et de s'y acclimater au plan culturel. La vérité, c'est que nous avons tous droit à notre identité et à la reconnaissance socioculturelle, historique et linguistique qui en découle. Ceux qui n'ont jamais appartenu à une communauté minoritaire peuvent difficilement imaginer la somme des frustrations supportées par les élèves, les parents, les enseignants et les administrateurs d'une communauté comme la communauté noire. Il est facile de voter en faveur de l'inclusion totale quand on fait partie de la société dominante et qu'on peut décider de la place que " les autres " vont occuper au sein de la société. L'ouverture d'une école à concentration noire apparaît d'autre part comme une façon pour les membres du conseil scolaire de balayer la question du taux de décrochage noir sous le tapis et de laisser à la communauté le soin se débrouiller avec le problème. Sans appui financier du gouvernement et sans budget véritable au sein d'un conseil scolaire déjà sollicité au maximum, on voit mal que de nouvelles écoles puissent voir le jour. Ce sera un problème que les enseignants, les parents et les élèves de la communauté noire risquent de devoir affronter seuls. Au-delà de cette discussion cacophonique, certaines idées circulent à propos de la mise sur pied d'un programme d'études portant sur la contribution des Noirs et de celle d'autres groupes minoritaires, à la différence près qu'un tel programme ne nécessiterait la construction d'aucune école nouvelle. Le programme à concentration noire serait logé à l'intérieur d'édifices existants. Et pourquoi pas après tout ? La question qui vient à l'esprit est la suivante : n'est-ce pas ce vers quoi nos systèmes d'éducation devraient tendre de toute façon d'un océan à l'autre ? Étant donné la diversité intrinsèque du Canada, comme en témoigne le Recensement de 2006, nos programmes d'apprentissage ne devraient-ils pas comprendre l'histoire et la culture des groupes minoritaires au Canada, et ce, de façon soutenue dans chaque classe au moyen des ressources disponibles à tout enseignant ? Le fait que l'éducation soit de juridiction provinciale permet du reste de créer les programmes les mieux adaptés aux groupes minoritaires locaux. Il serait malheureux de mettre en œuvre des programmes restreints et exclusifs, car ceux-ci perpétueraient la notion que les personnes au sein de la communauté noire ne sont pas responsables. On risquerait alors de construire des barrières au lieu d'encourager le dialogue intercommunautaire si nécessaire à l'heure actuelle. Tous ceux qui vivent au Canada, qu'ils appartiennent au gouvernement ou à un conseil scolaire, qu'ils soient professeurs, parents ou élèves, doivent essayer de donner des occasions de s'épanouir aux personnes qui n'entrevoient pas de place pour elles-mêmes dans le grand tout canadien. C'est par le biais d'interactions directes, par celui d'échanges au plan socioculturel et historique, autant que par celui d'expériences personnelles avec des Canadiens issus de milieux ethniques, religieux ou linguistiques différents que l'on acquiert la capacité de comprendre les gens d'une autre communauté. Si nous désirons effectivement des écoles intégrées plutôt que ségrégées, et que c'est là le consensus général, ayons le courage d'investir les sommes requises pour faire de nos écoles des lieux d'inclusion véritable. |
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