Querelle de drapeau

"... Ma déclaration au pays est la suivante : Je suis fier d’être Canadien. Notre geste ne doit pas être interprété comme un manque de respect envers le Canada. Il a pour but de laisser savoir aux citoyens et citoyennes que leur gouvernement néglige un des partenaires de la fédération. Une promesse brisée est une promesse brisée, et dans ce cas-ci, c’est très grave."
Danny Williams, Premier ministre, le 4 janvier 2005

Il s’agit là d’une des bassesses politiques les plus déplorables jamais vues au Canada. Non seulement l’approche de Danny Williams n’apporte aucune solution au problème concret auquel fait face sa province et vise à exacerber les tensions en vue d’un gain politique à court terme, c’est du reste une abdication totale de leadership.

En se joignant au Club du Chiffon Rouge, Williams attaque directement le Canada en tant qu’institution, pas seulement le gouvernement fédéral et pas seulement le parti libéral actuel. Que représente en effet le drapeau unifolié sinon le Canada dans son ensemble ? Quelle que soit son lieu de résidence, quelles que soient les frontières physiques ou émotionnelles que l’on attribue à sa province, quelle que soit son allégeance politique, le fait demeure que le pays tout entier est représenté par ce drapeau et que le Premier ministre Williams a choisi de l’enlever.

Il aurait pu adopter une position entièrement différente. S'il avait vraiment été trahi, le Premier ministre Williams aurait pu dire qu’il avait recueilli une preuve que le gouvernement libéral actuel avait agi à l’encontre des principes du Canada, plutôt que clamer que c’était le Canada tout entier qui avait trahi Terre-Neuve et le Labrador. Au bout du compte, il aurait pu exiger du Premier ministre Martin que ce soit ce dernier qui enlève le drapeau de la fédération, qui se doit normalement de symboliser la coopération honnête et ouverte des partenaires.

Peut-être s’est-il laissé influencer par la controverse récente entourant l’emblème du Canada ou par le scandale des commandites, au point de confondre Parti libéral et Canada. La plupart des partis politiques invoquent le drapeau pour s’affirmer ou se démarquer de leurs rivaux. Dans le cas des partis établis, la couleur du drapeau a tendance parfois à déteindre sur eux. Mais le Premier ministre Williams aurait dû savoir qu’à son niveau, il y a un certain décorum à respecter dans la façon d’exprimer son désaccord.

Soyons franc. Williams était parfaitement conscient de ce qu’il faisait. Il savait que le drapeau du Canada n'est pas l’emblème du parti libéral. Il savait que son geste alimenterait les différences, le ressentiment et l'aliénation au sein de la population. Il savait que son approche opposerait le Canada à sa province et que le reste du Canada n’aurait pas droit de vote lors des élections terreneuviennes. Il savait que sa manœuvre rustaude ne lui rapporterait rien au plan de la négociation, mis à part quelques gains temporaires parmi les mécontents. Et cela, c’est de mauvaise guerre ; c’est répréhensible.

Puisse cet opportunisme de bas étage illustrer ce qu’il faut éviter aux yeux de ceux et celles qui désirent un Canada uni. Le message qui découle de cet incident pour nos politiciens est le suivant : contrôlez vos impulsions ; quand vous voyez rouge, vérifier si vous vous apprêter à enfoncer un grand "L" ou à vous en prendre à la feuille d'érable. Le vrai Canada, celui que nous portons dans notre coeur, est plus grand que les gouvernements d'aujourd'hui, de demain ou de la semaine prochaine. Les Premiers ministres libéraux et les autres vont et viennent. Le Canada par contre est ici pour rester, du moins autant qu’il sera bienvenu. Monsieur Williams, sommes-nous bienvenus ?



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