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Le Québec, référence en matière de préservation de l’environnement
Il y a quelques semaines notre groupe s'est réuni pour un repas bilingue où la question de l'unité canadienne et de ses aspects connexes monopolisait la plupart de nos échanges. Comme à l'accoutumé, le Québec arrivait au sommet des préoccupations de chacun des convives, jusqu'au moment où quelqu'un à table s'est exclamé avec véhémence : " On peut spéculer sur la place du Québec dans la Confédération autant qu'on voudra, mais si on ne fait rien à propos de l'environnement, bientôt il n'y aura plus rien à débattre ". Le présent éditorial se concentre sur deux thèmes, celui du Québec et celui de l'environnement. Plus spécifiquement, cet article met de l'avant deux hypothèses. En premier lieu que les Québécois sont plus conscients de l'environnement que d'autres Canadiens ; et deuxièmement, que les gouvernements québécois, quelles que fussent leurs tendances politiques, ont agi de façon décisive au plan de l'environnement et exercé une plus grande influence que les autres gouvernements provinciaux au palier fédéral pour qu'il emboîte le pas. " Comme l'affirmait Lawrence Martin il y a deux ans dans un de ses articles " La culture politique du Québec se situe plus à gauche du centre que le reste du Canada, ce qui lui permet de tolérer plus facilement l'interventionnisme de l'état de même que l'influence européenne ". Cela se reflète jusque dans son attitude face à l'environnement. Surtout à une époque où Républicains et Conservateurs dominent le pouvoir aux E-U et au Canada, les Européens et leurs gouvernements prennent l'environnement plus sérieusement que la plupart des Nord-Américains. Et les Québécois aussi. En mars, 2007, un sondage Angus Reid mené en ligne auprès de 3,500 personnes indiquait qu'un tiers des Canadiens considèrent le changement climatique comme le défi le plus important auquel fait face l'humanité. " L'environnement s'est hissé au premier rang ", déclarait le directeur d'Angus Reid de l'époque. " Et il ne fait aucun doute qu'il y demeurera encore longtemps ". Le sondage révélait également que les résidents du Québec étaient les plus conscientisés face à l'environnement et les plus disposés à prendre des mesures correctives, tandis que les Albertains, moins verts, semblaient les moins enclins à prendre des mesures protectionnistes. Le sondage indiquait que le réchauffement planétaire était devenu la préoccupation environnementale la plus répandue, mais aussi que ce n'était pas la seule. L'avant-gardisme des Québécois au plan environnemental a certes donné naissance à des politiques innovatrices autant chez Péquistes que chez les Libéraux. Le PQ apparaît peut-être plus résolu et plus confiant dans son plaidoyer en faveur de l'environnement. Il est notable toutefois que le Parti Libéral du Québec, reconnu pour son conservatisme, a exercé beaucoup de pression sur le gouvernement Harper. Par exemple, à Nairobi, lors de la réunion internationale du mois de novembre dernier sur le changement climatique, c'est le Ministre de l'Environnement du Québec, Claude Béchard, qui a critiqué le plus sévèrement Rona Ambrose (la ministre de l'Environnement fédérale de l'époque). Il avait même menacé, d'exprimer publiquement l'avis que les cibles de Kyoto étaient non seulement réalistes, mais réalisables. Il cherchait à obtenir que la position du Québec soit reflétée dans la déclaration canadienne. Il se réservait l'option de porter sa cause à l'extérieur de la salle d'audience et de s'opposer ouvertement à la position du gouvernement fédéral lors des réunions à huis clos, des forums et des discussions publiques avec des représentants étrangers. En ce qui a trait à sa politique interne, le Québec est devenu la première province à avoir voté en faveur d'une taxe sur le charbon, tandis que les Conservateurs de Stephen Harper s'enfuient littéralement chaque fois qu'une telle taxe est mentionnée. Ainsi que le rapportait Rhéal Séguin dans le Globe and Mail en juin dernier, le Québec imposera dès cet automne la première taxe sur les émissions de carbone au Canada, forçant par le fait même les producteurs d'énergie, les distributeurs et les raffineurs à contribuer environ $200 million par an pour combattre le réchauffement de la planète. À compter du 1er octobre, on exigera en effet des sociétés productrices d'énergie au Québec qu'elles payent un impôt spécial en fonction des émissions de gaz à effet de serre qu'elles produisent. L'argent recueilli financera les initiatives de la province visant à atteindre ses cibles d'émission de 2012 telles que stipulées dans le Protocole de Kyoto, soit une réduction des émanations polluantes de 6 % en dessous du niveau de 1990. Séguin signalait que " Le Québec est la seule province à avoir sérieusement considéré le prélèvement d'un impôt sur les émissions de gaz carbonique. D'autres provinces ont exploré la possibilité de plafonner les émissions à un certain niveau, mais aucune d'entre elles n'a envisagé l'imposition d'une taxe ". Séguin aurait pu ajouter que, pour maintenir leur base politique en Alberta, les Conservateurs de M. Harper sont les moins susceptibles de présenter un tel projet de loi. Plusieurs situations problématiques volent la vedette au plan de l'environnement au Québec à l'heure actuelle, donnant de sérieux maux de tête au gouvernement Charest. La vente proposée, mais jamais conclue, de terres dans le parc provincial du Mont Orford a beaucoup nui à la crédibilité du Premier ministre, tandis que les audiences publiques sur l'établissement d'un port dans le Bas du fleuve capable d'accueillir du gaz naturel liquide semblent prendre une tournure embarrassante pour le parti au pouvoir. Tout dernièrement, une éruption d'algues bleues dans certains lacs de la province est venue capter l'attention du public. Néanmoins, malgré son apparente répugnance à agir ouvertement dans le dossier environnemental, le gouvernement Charest demeure le leader incontesté des provinces de par sa politique en matière d'environnement. Quelles leçons pouvons-nous tirer de l'appui constant du public québécois et de ses gouvernements pour la cause environnementale? En tant que Canadiens vivant à l'extérieur du Québec, qui sommes témoins du mal irréversible que les être humains sont en train d'infliger à la planète, nous ne pouvons qu'être reconnaissants du leadership de nos compatriotes de la Belle Province. Cela nous donne l'occasion de décontenancer notre propre gouvernement provincial en comparant son dossier environnemental avec celui du gouvernement Charest. Quant à ceux parmi nous qui sommes partisans de l'unité canadienne, nous devons nous battre avec encore plus d'acharnement pour garder nos amis Québécois dans la fédération, non seulement pour nous mêmes, mais pour l'avenir de notre monde. |
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