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Le leader israélien Yitzak Shamir, abattu par un
extrémiste Israélien parce qu'il trahissait ses concitoyens au profit des
Palestiniens, est un exemple parmi d'autres. David Trimble, le chef
protestant de l'Irlande du Nord, se voit constamment traité de traître par
ses camarades Protestants simplement pour avoir eu le courage de ménager
une place aux Catholiques dans la réforme des institutions politiques de
l'Ulster. Il en va de même au Québec, où tout fédéraliste se voit presque
automatiquement accusé de traîtrise. C'est un atout des séparatistes, une
arme qu'ils jugent suprême et qu'ils s'apprêtent décharger avec toute la
ferveur dont ils sont capables contre M. Charest et contre les tentatives
de réconciliation entre le Québec et le Canada.
Si Jean Charest remporte la prochaine élection, ce qui
semble de plus en plus probable, de fortes pressions vont s'exercer sur lui pour
qu'il livre aux Québécois la reconnaissance d'un statut unique pour leur province
à l'intérieur du Canada. Ce sera là pour le gouvernement central une occasion
en or de réparer sa relation endommagée avec la belle province. Par contre de
son côté, M. Charest devra marcher sur une corde raide avec autant d'assurance
qu'un équilibriste ou un acrobate de cirque. Ses chances de se maintenir sur cette
corde raide dépendent en grande partie de l'attitude du ROC1 à son égard.
L'Entente du Lac Meech, qui reconnaissait au Québec le statut de "société distincte"
a échoué d'abord et avant tout en raison d'une fin de non recevoir de la part du ROC.
Cette réponse constitue jusqu'à ce jour un irritant marquant au Québec.
Or, voici que M. Charest lance l'idée d'un Québec reconnu pour sa "spécificité".
Comme il fallait s'y attendre, les sécessionnistes ont immédiatement combattu cette
idée, argumentant que Charest se contente de trop peu. Mais ce qui est largement
plus inquiétant, c'est l'accueil que certains milieux de la presse anglophone
ont réservé à ces mêmes propositions, les traitant de "Lac Meech à peine réchauffé".
C'est à se demander si le ROC1 a appris quoi que ce soit au cours des dernières
années.
Il faut souligner qu'au Québec un grand nombre de personnes
ont de la difficulté à faire confiance à M. Charest. Autrefois ce dernier, en
tant que ministre au sein du cabinet de Brian Mulroney, s'était rangé du côté de
ceux qui étaient prêts à réduire la portée de l'Entente du Lac Meech dans l'espoir
de rendre celle-ci plus acceptable à la majorité. Les Lucien Bouchard, Bernard
Landry, Jacques Parizeau, Claude Ryan et autres "poids lourds" de la politique
québécoise n'ont oublié cet ancien choix de Jean Charest et se feront un plaisir
de le déchiqueter en mille morceaux s'ils en ont l'occasion. M. Charest aura
besoin de toute sa force pour résister ces attaques. Par surcroît, le jeune et
ambitieux leader de l'ADQ, Mario Dumont, trouvera probablement irrésistible
d'accuser son rival d'avoir "trahi" les siens. Ce faisant, il risque d'infliger
de graves blessures au chef Libéral, tout en se positionnant comme successeur de
Lucien Bouchard et "défenseur" du peuple québécois.
La situation est-elle désespérée ? Absolument pas.
Mais la négociation d'une nouvelle entente entre le Canada et le Québec demeure au
mieux incertaine. Quant au sécessionnisme, il n'est pas mort, loin de là. Et qui
pis est, l'histoire démontre que les sécessionnistes sont encore plus dangereux
lorsqu'ils forment l'opposition. Nous autres d'uni.ca devons encourager les
citoyens et en particulier les journalistes du ROC1 à adopter une approche ouverte
et généreuse face aux propositions récemment mises de l'avant par M. Charest.
À partir du moment où Jean Charest aura remporté la prochaine élection, un compromis
deviendra réellement possible. Sur ce plan, la responsabilité journalistique peut
faire toute la différence. L'objectivité et l'impartialité entretiendront un climat
de porte ouverte; les reportages incendiaires et sensationnels auront l'effet de
faire surgir la méfiance. Des allusions cyniques au "Lac Meech réchauffé" seront
non seulement inutiles, mais en fin de compte dommageables pour M. Charest. Si en
effet les propositions de ce dernier sont rejetées d'un revers de la main par le
ROC1 comme s'il s'agissait d'un autre "Lac Meech", beaucoup de Québécois concluront
que le fédéralisme canadien est trop rigide et n'acceptera jamais le Québec dans
"l'honneur et dans l'enthousiasme". De fait, dans cette éventualité, M. Charest
tomberait de sa corde raide avec un cri rauque et serait rapidement dépecé par les
oiseaux de proie sécessionnistes. Un référendum aux "conditions gagnantes"
redeviendrait soudainement fort possible.
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