Le débat sur l'unité canadienne peut-il
encore susciter de l'intérêt en 2002?

Le débat sur l'unité canadienne peut-il encore susciter de l'intérêt en 2002 ?
   
Plus de cent jours se sont écoulés depuis le 11 septembre et il ne fait aucun doute que le panorama politique canadien, à l'instar de celui de la planète entière, s'en trouve modifié à tout jamais. À court terme, on assiste à l'émergence de consensus sur certaines questions.
Ainsi, une majorité de Canadiens, représentant un large éventail culturel et linguistique, sont d'avis qu'un gouvernement fédéral relativement fort a le devoir de combattre le terrorisme et de protéger le pays contre toute attaque. De plus, les Canadiens sont dans l'ensemble d'accord avec la décision du gouvernement central d'appuyer "la guerre au terrorisme" et de soutenir les États-Unis à un moment traumatique pour eux, dans la mesure où cela ne compromet pas nos valeurs au plan de la justice, des droits de l'homme et de la recherche du consensus multilatéral. Nos sempiternelles querelles fédérales-provinciales continuent bien sûr, mais étant donné les distractions émanant de la situation internationale, l'alarmante question du sécessionnisme québécois a pratiquement disparu des écrans de radar pour l'instant.

Nous ne sommes pas pour autant justifiés de croire que les aiguilles de l'horloge se sont arrêtées le 11 septembre 2001. Le consensus national issu de cette attaque se trouve aujourd'hui ébranlé par la réalisation que certaines valeurs de base dans notre pays (la tolérance, la diversité et l'utilisation de la force seulement lorsque cela est légitime), sont menacées. Bien que plusieurs d'entre nous espèrent que la peur que nous ressentons n'aura pas trop changé notre société ni transformé celle-ci de façon irrémédiable, il est clair que notre monde ne sera jamais plus comme avant. De fait, le résultat ultime du 11 septembre, tel que l'ont indiqué les plus experts commentateurs, sera d'avoir mis en marche une réévaluation fondamentale et irréversible de l'organisation mondiale. Depuis ce moment fatidique, la roue du changement n'a jamais cessé d'accélérer. Comme David Cameron et Janice Gross Stein de l'Université de Toronto l'indiquaient récemment,

" … Nous avons été témoins de la première attaque d'envergure contre la société post-industrielle. Cette attaque a eu recours à la forme la plus représentative de notre société : le réseau. Les conditions qui ont permis au réseau terroriste de commettre cet attentat sont bel et bien le reflet de notre époque. Un réseau mondial n'est imaginable que dans un monde totalement connecté et dans une société vivant au diapason de l'ère post-industrielle. Privés de marchés mondiaux et de moyens modernes de communications, de la mobilité des gens et d'une société multiculturelle, aucun réseau terroriste ne pourrait survivre et encore moins réussir. " [Extrait de "Global Traffic: Canadian Democracy at the Intersection" à la conférence présentée au Canada d'aujourd'hui : une vérification du pouls démocratique - Études canadiennes à l'Université Mount Allison, le 1er décembre 2001.]
Au cours des prochains mois et des prochaines années, alors que la société canadienne s'efforcera de composer avec la nouvelle réalité, nous devrons nous attendre à ce que des communautés dont les allégeances ne sont pas nécessairement acquises, (lesquelles font du reste la richesse de notre pays tout en lui posant un énorme défi), vont chercher à se réaffirmer. En 2002 et pour l'avenir prévisible, tout indique que le Canada devra chercher à construire sa place et son avenir en dépit du fait qu'il héberge sur son territoire une des sociétés les plus complexes, les plus connectées et les plus pluralistes de la planète. Le défi qu'il devra relever sera non seulement de reconnaître la globalisation et multiculturalisme, mais aussi de régler d'autres problèmes persistants. Parmi eux, il convient de citer le sécessionnisme québécois, l'aliénation de l'Ouest et la profonde frustration des Premières Nations. L'ère qui débute sera déterminante pour notre pays. Dans dix ans, nous bénéficierons rétrospectivement d'une meilleure compréhension de l'évolution et du mouvement au sein de la société canadienne. Dans dix ans par contre, il sera trop tard pour arranger les choses que nous aurions souhaité modifier quand il était encore temps.

C'est pourquoi, à Uni.ca, nous estimons qu'il est urgent de regarder au-delà de nos soucis quotidiens et de réfléchir sérieusement au sens qu'il convient de donner à l'unité canadienne. Étant l'organisme le plus important au pays en ce qui a trait à l'unité, c'est à nous qu'il incombe d'amorcer un dialogue sur ce que représente le Canada, sur la façon dont il a été dirigé jusqu'ici et sur son avenir. Le Canada est un membre respecté de la famille mondiale. Notre société à la fois diverse, tolérante et prospère reste un modèle au plan international. Nous avons déjà investi beaucoup d'énergie à mettre en œuvre chez nous le respect des droits individuels, à ménager une place pour diverses allégeances et à équilibrer ce qu'on peut appeler l'unité dans la diversité. Nous devons maintenant nous assurer que le Canada que l'on réinvente dans la foulée du 11 septembre continuera de refléter les valeurs qui en font un pays fabuleux.

Uni.ca a élaboré un ordre du jour ambitieux pour les trois prochains mois. Il s'agira d'examiner certaines des grandes questions auxquelles le Canada d'aujourd'hui fait face. Un total de huit séances auront lieu à Ottawa qui seront facilitées par des membres élus du Conseil d'administration d'Uni.ca. Ces séances seront filmées en format web et seront accessibles pour discussion sur notre site Internet. Notre espoir est que cela entraînera un débat productif, dont les résultats pourront être recueillis dans "un Livre blanc sur l'unité" qui sera disponible en ligne. Notre programme sera le suivant :

      1. Le 10 janvier : la monarchie
      2. Le 19 janvier : le fédéralisme et les relations fédérales / provinciales
      3. Le 3 février :   questions non directement reliées à la Constitution
      4. Le 13 février : la reconnaissance
      5. Le 23 février : la réforme parlementaire
      6. Le 6 mars :     les régions et leur aliénation
      7. Le 16 mars :   les villes
      8. Le 27 mars :   les Premières Nations

Le Projet de Livre blanc sera l'occasion pour plusieurs Canadiens et Canadiennes de faire valoir leur point de vue sur l'avenir de la fédération. À un moment crucial de son évolution, nous voudrions pouvoir compter sur la participation la plus grande et la plus large des citoyens et citoyennes. S'il-vous- plaît, participez à cet événement avec nous.




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