Comme je ne suis pas citoyen canadien, ma tâche ici ne sera pas de vous enseigner ce que vous devez faire chez vous, mais plutôt d'apporter un témoignage sur des phénomènes comparables en Europe, sur des faits qui peuvent aider à se soulager un peu du caractère un peu renfermé parfois des passions nationales.
J'ai séjourné au Canada en 1993, à l'université d'Edmonton plus précisément. J'étais nul en histoire, ne connaissais que le monde contemporain et par conséquent j'avais dans l'idée de me présenter comme un visiteur européen moyen, quelque chose entre un Suédois et un Italien. Mais en tant que Français j'ai tout de suite été tancé de prendre parti sur la question souverainiste, surtout par la partie masculine et 'undergraduate' de la population que je rencontrais. De la part de la population 'undergraduate' féminine j'ai subi une sorte de racisme plus ou moins déclaré, et c'est là que j'ai compris ce que c'est que d'être un "bougnoul" en France. De la part de la population 'graduate', masculine ou féminine, je n'ai subi aucune ségrégation, ce qui me laisse à penser que le phénomène séparatiste canadien est assez marqué en termes de niveaux culturels.
C'est à Edmonton que j'ai connu mes premiers francophones canadiens, et encore aujourd'hui je reste proche des intérêts de ces minorités dans les états anglophones, plus solidaire d'eux sans doute que beaucoup de souverainistes québécois. C'est là aussi que j'ai connu mon premier problème d'identité nationale. Des propos sur des provinces ethniquement homogènes qui devaient se libérer de l'oppression du méchant état central colonial, j'en avais déjà entendu, mais c'était dans ma Bretagne natale, et contre... la langue française. Indépendantistes de tous les pays, unissez-vous! Enfin, euuuuuuhhhh... unissez-vous et débrouillez-vous!
Puis je suis rentré en Europe, et c'est là que l'histoire est entrée sérieusement dans ma vie. Parce qu'il y a eu la guerre en Yougoslavie. A deux heures d'avion de Paris, l'identité ethnique avait pris une allure sinistre.
Et puis il y a eu la lente dégradation de la protection sociale, suite à la chute du mur de Berlin, à la disparition du contre-pouvoir. Au fur et à mesure que les années passent, on est forcé de se rendre compte que seuls échappent à cette dégradation 1°) les réseaux de népotismes mondialisés 2°) les acteurs culturels locaux fournissant des identités de pacotille incapables de critiquer les marchés inégalitaristes. Le tout aboutit à une subvention obscène mais généralisée par les collectivités locales de capitaux nomades n'ayant pas l'intention de rendre service, mais plutôt de polluer et de s'en aller. Plus question de cohésion ethnique quand les conditions de vie entre voisins deviennent si arbitrairement inégales, voire malhonnêtement inégales.
Alors je lance le pavé dans la marre, parce que peut-être c'est à l'étranger de service de le faire: il y a des choses plus grandes que le Canada, quel est le rapport entre les élaborations des identités internes canadiennes et les grands vents du libéralisme inéglitaire mondial? Y-a-t-il un rapport, est-ce que la référence à des conflits du 18ème siècle est pertinente pour expliquer tout cela?![]()
par Hervé Arnaud
Monsieur Arnaud est Français. Il partage son point vue sur l'évolution du fédéralisme et du sécessionnisme