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"Je veux copier le Canada que j'aime", déclare la présidente de Lettonie
Traduction d'un article paru le 19 juin 1999 dans le Toronto Star


freibergaPendant les 45 années qu'elle a passées au Canada, Vaira Vike-Freiberga a pu observer comment fonctionne notre pays. Le mois prochain, cette ancienne préposée au guichet de banque à Toronto tentera d'appliquer les leçons qu'elle a apprises chez nous en assumant la présidence de sa Lettonie natale. "Si le multiculturalisme peut être appliqué de la même manière qu'au Canada, cela conviendra à la Lettonie," confiait-elle à Diena, le plus grand quotidien du pays.

"Au Canada, selon Vaira Vike-Freiberga, cela signifie qu'il peut y avoir une culture ou une langue dominante, soit la française soit l'anglaise, mais que personne n'est forcé d'oublier ses racines. "

L'élection de Mme Vike-Freiberga - qui a vécu pendant presque 45 ans à Toronto et à Montréal - est vue comme un signe d'espoir par la majorité des gens de cet ancien état soviétique, qui éprouve de la difficulté à intégrer une minorité russe importante depuis son accès à l'indépendance en 1991.

Beaucoup de parlementaires lettons estiment que les racines canadiennes de Mme Vike-Freiberga constitueront un atout pour faire face aux défis qui l'attendent. La nouvelle présidente, premier chef d'Etat féminin élu dans une ex-république soviétique, prévoit du reste que l'approche pragmatique qu'elle a vue au Canada jouera un rôle déterminant pour résoudre certains problèmes dans son pays. " J'ai confiance dans la façon canadienne d'approcher les problèmes, dans la manière anglo-saxonne - laquelle n'est certes pas unique au Canada, mais qui fait partie intégrante de la tradition du pays - et compte m'en servir, " déclarait Mme Vike-Freiberga le lendemain de son élection à la présidence. "Il y a là un certain pragmatisme que j'aime". Elle entrera en fonction en juillet.

Judith Vagner, qui a fréquenté l'institut collégial Jarvis en compagnie de Mme Vike-Freiberga au début des années 50, la décrit comme une "personne chaleureuse et douée d'un esprit vif." Mme Vagner, dont le mari (Valdis Vagner) dirige le centre culturel canadien letton à Toronto, a maintenu des relations étroites avec Mme Vike-Freiberga, et croit qu'elle sera "une merveilleuse présidente ". "Mais elle hérite d'une société très patriarcale, où les femmes n'ont pas atteint le statut de libération qu'elles ont ici. C'est ce qui pourrait devenir son plus grand problème. "

Les racines canadiennes de Mme Vike-Freiberga sont considérées comme des atouts par plusieurs parlementaires lettons. "Nous sommes très encouragés par le fait qu'elle provient d'un pays ayant un système parlementaire et un chef d'Etat cérémonial," déclare le député Inese Bernietze.

Par contre, certaines personnes sont déçues de son élection. "Les Lettons vivant à l'étranger ne connaissent pas la Lettonie aussi bien que les personnes qui ont toujours vécu ici" dit Indulis Berzins, chef de la Voie Lettonne, dont les 22 députés se sont opposés à la nomination de Mme Vike-Freiberga.

Mme Vike-Freiberga s'est vue embarquée dans la course à la présidence quand elle est retournée dans son pays d'origine l'automne dernier. Dès son arrivée, un groupe composés d'intellectuels a publié une lettre ouverte dans divers journaux, l'invitant à concourir. Au cours de la campagne électorale, elle n'a cessé d'établir des parallèles entre la réalité anglophone-francophone du Canada et le dilemme auquel fait face la Lettonie, un petit pays qui à l'issue de la deuxième guerre fut obligé d'accepter une quantité énorme d'immigrants soviétiques russes au point où les Lettons ne comptent plus aujourd'hui que pour 55 pourcent de la population. Mme Vike-Freiberga a proposé à ses concitoyens le modèle du multiculturalisme canadien comme un exemple à suivre et une façon de résoudre les fréquents affrontements entre Lettons "pure-laine" et immigrants russes.

Mme Vike-Freiberga, qui a pris sa retraite l'automne dernier de l'Université de Montréal où elle occupait un poste de professeure en psychologie afin, disait-elle, "de poursuivre une vie plus paisible" a dû renoncer à la citoyenneté canadienne quatre jours avant l'élection.

Bien qu'elle n'ait pas été considérée comme une candidate de premier plan, Mme Vike-Freiberga est apparue soudain comme la candidate du compromis, et ce, au bout de 14 heures de débats et de six tours de scrutin infructueux. Elle a finalement été acclamée au septième tour, recevant 53 des 100 voix possibles du Parlement. Une majorité simple était requise pour gagner. "J'avoue que c'est une femme impressionnante" a dit son fils, Karlis Freibergs, un diplômé de l'université McGill, mais il ne cachait pas son étonnement devant la tournure des événements. Sa fille Indra travaille également à l'université McGill de Montréal et son mari Imants, un Letton canadien lui aussi, est professeur d'informatique à l'Université du Québec. "Étant donné les circonstances nouvelles de ma mère, je vais devoir envisager une préretraite" de dire Freibergs.

En remportant la présidence Mme Vike-Freiberga a disposé d'une foule de rivaux. Parmi eux: un compositeur de musique pop très populaire et propriétaire de la plus grande discothèque du pays, célèbre pour son plancher de danse mobile, et un ancien président du Soviet Suprême communiste, appellation qui désignait le parlement letton durant la guerre froide.

Elle n'était pourtant revenu en Latvie que pour diriger un groupe de penseurs-conseil. Probablement qu'elle avait été absente pendant trop longtemps. En 1940, elle s'était sauvée de l'Armée rouge avec ses parents, alors qu'elle n'avait que 7 ans, et pendant les quatre années suivantes, elle a vécu avec sa famille comme des milliers de Lettons dans un camp allemand pour réfugiés. La famille a émigré au Canada en 1954, s'établissant à Toronto où Mme Vike-Freiberga travaillait comme caissière dans une banque pendant le jour et suivait des cours du soir à l'Institut Jarvis. Diplômée avec des notes brillantes, elle est acceptée par la suite au Collège Victoria de l'Université de Toronto. Parfaitement à l'aise en français, en anglais aussi bien qu'en letton, elle poursuit des études en psychologie à I'Université de Montréal dont elle reçoit un doctorat en 1965.


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