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Selon les statistiques les plus récentes, le commerce international du Canada augmente à un rythme dépassant 10 % par année, tandis que le commerce interprovincial lui augmente d'un peu moins de 5 % par année, ce qui contribue à accréditer la perception que les liens commerciaux nord-sud sont plus forts que les liens est-ouest. Malgré qu'il y ait là matière à réflexion, cette perception n'est pas tout à fait exacte.

Les Américains de par leur nombre consomment tout simplement une plus grande quantité de nos produits finis que les Canadiens, même si ces derniers essayaient d'en faire autant. La production de l'industrie automobile de l'Ontario illustre la futilité d'essayer d'écouler toute la production chez nous. De plus, lorsque l'on tient compte de la taille du marché provincial et les distances qui séparent les provinces entre elles, le commerce interprovincial est de 12 à 22 fois plus fréquent que le commerce avec un état américain . Il est totalement injuste de comparer le commerce du Québec avec l'état de New York avec le commerce du Québec avec l'Île-du-Prince-Édouard : on ne peut ignorer la taille du marché et la frontière commune du Québec et de l'état new-yorkais.

Le commerce est-ouest est assez vigoureux et prospère, mais la situation actuelle pourrait certainement être améliorée. Si nos gouvernements appuyaient plus ouvertement l'Accord sur le commerce interne (ACI) et reconnaissaient officiellement le succès de certains échanges interprovinciaux, ils accéléreraient le changement des perceptions et favoriseraient l'unité du pays. Il est si évident que le commerce interprovincial favorise l'unité canadienne qu'uni.ca peut en énumérer les effets bénéfiques :

  1. Interdépendance :en commerçant les uns avec les autres, nous devenons plus interdépendants. Prenons un exemple dans le domaine des ressources naturelles, l'Ontario a besoin du grain des Prairies, lesquelles ont besoin du poisson des Maritimes, lesquelles ont besoin des fruits de mer de la Colombie Britannique, etc. Nous créons au bout du compte une situation où la coopération est non seulement utile, mais devient nécessaire pour maintenir notre style de vie. Ce genre de liens est de ceux qui nous unissent véritablement.

  2. Fonctionnalisme :en travaillant les uns avec les autres, nous découvrons à la fois la valeur de la collaboration ainsi que de nouvelles façons de s'entraider. Les industriels ont compris en peu de temps qu'il faut collaborer pour survivre et peu à peu la collaboration s'étend à l'échelle du pays (Nos politiciens seront probablement les plus lents à apprendre cette leçon, mais en gros nous ne pouvons que chercher à atteindre cet objectif à moyen et à long terme).

  3. Pouvoir d'achat accru :une économie plus efficace, sans entrave déraisonnable au mouvement des marchandises, des services et des personnes, augmente notre richesse collective. Nous avons dès lors plus d'argent pour les services médicaux, pour l'environnement, pour l'éducation et pour un Plan A dans le domaine de l'unité. Une société prospère, dont la richesse est répartie équitablement dans les différentes couches sociales, est généralement heureuse et par conséquent moins intéressée à se quereller ou à entreprendre des démarches en vue de la sécession.

  4. Convergence au plan de la qualité de vie :en commerçant les uns avec les autres, c'est non seulement notre pouvoir d'achat mais aussi nos habitudes de consommation qui tendent à se ressembler. Notre prospérité se double du concept de convergence, en ce sens qu'au fur et à mesure que les différences de revenu et de style de vie s'amoindrissent, une bonne part des tensions sociales s'estompe.

  5. Identité nationale économique :l'ensemble de ces facteurs favorise une plus grande cohésion entre Canadiens. Les groupes qui font partie d'un système national sont liés par un sentiment qui ne sera pas partagé par ceux qui se verront exclus de ce système. Nos affinités et nos échanges au plan financier, au plan commercial et au plan de la consommation tissent quotidiennement notre identité nationale. C'est ici qu'intervient la notion de cosmogénéité.

Cosmogénéité :troisième composante dans ce qu'on considérait naguère comme une dichotomie immuable et qui s'insère entre les concepts d'homogénéité et d'hétérogénéité. La cosmogénéité est la synthèse constructive d'entités séparées et d'entités homogènes.

Parmi les reproches les plus notoires que l'on ait formulés à l'endroit du commerce international, on retrouve l'idée que les grands accords commerciaux favorisent l'homogénéisation culturelle et sociale des peuples. Cet effacement des différences (le fait que nous serions tous en train de devenir identiques) est perçu comme un phénomène extrêmement négatif. Ce reproche s'appliquerait également au commerce interprovincial.

Cette menace n'existe que parce que l'on entrevoit que deux états possibles : l'hétérogénéité et l'homogénéité. Tout semble se dérouler entre ces deux pôles. Mais ce serait négliger une formidable possibilité, car il y a également ce qu'on appelle la cosmogénéité. Pour illustrer ce concept, prenons l'exemple suivant :

D'un côté, il y a une société bleue et de l'autre une société jaune. Auparavant, ces deux sociétés avaient vécu séparées, mais les voici qui commencent à interagir. Il y a alors quatre résultats possibles :

  1. Elles restent distinctes, jaune et bleue.             Hétérogénéité;
  2. Toutes deux deviennent jaunes.                         Homogénéité;
  3. Toutes deux deviennent bleues.                         Homogénéité;
  4. Mises ensemble, elles deviennent vertes.        Cosmogénéité.

La cosmogénéité est un concept qui semble correspondre à un phénomène auquel on assiste présentement au Canada. Mais la cosmogénéité prend entre autres pour acquis que les membres des sociétés en présence sont égaux et jouissent des mêmes privilèges. Or, tel n'est pas toujours le cas. Et si l'on considère réellement la cosmogénéité comme un idéal à atteindre, il y a lieu d'égaliser les chances des individus évoluant dans la société.

Mais ce qu'il convient d'accepter dans le domaine du commerce interprovincial, c'est qu'on peut éviter la menace de l'homogénéité. La cosmogénéité offre une façon alternative de concevoir l'identité canadienne. Notre passé, notre présent et notre avenir sont en harmonie avec ce nouveau concept. Notre nationalisme inclusif et ouvert a le regard tourné vers l'extérieur ; il est conscient sa citoyenneté globale, de son cosmonationalisme. Sur ce plan, comme dans d'autres d'ailleurs, le Canada est un modèle pour le monde entier.

Les pays passent par diverses étapes dans leur évolution culturelle, notamment par celle de chercher à dominer leurs voisins. Le Canada est plus avancé, moins primitif que d'autres pays en raison de son acceptation de la cosmogénéité. Les Canadiens ont le choix d'adopter une variété presque illimitée de styles de vie. Nous évoluons dans un univers où les races se mêlent, où de nouvelles identités sont admises tant au plan collectif qu'au plan individuel. Notre société a dépassé l'homogénéité. Paradoxalement, nous sommes devenus semblables en étant différents. « L'unité dans la diversité », telle semble être notre devise, reflet de la complexité et de la richesse de notre passé ainsi que de notre avenir. Améliorations à l'Accord sur le commerce interprovincial

Regardons de plus près l'Accord sur le commerce interne. Cet accord, rappelons-le, cherche à promouvoir le commerce interprovincial. Avec la cosmogénéité en toile de fond, le commerce interprovincial promeut l'unité du pays. Mais l'Accord de commerce interne ne peut devenir un facteur positif qu'à partir du moment où :

  1. On institutionnalise le principe de standardisation « vers le haut ». Au lieu de constamment rechercher le plus bas dénominateur commun dans le domaine de la santé, dans celui de la sécurité et celui des standards de travail, nous devons reconnaître que ces dénominateurs communs sont potentiellement dommageables et nous y opposer.

    Pourquoi devons-nous vivre dans un Canada où les standards de sécurité sont plus hauts dans une province que dans une autre ? Si une province identifie une nouvelle menace à la santé publique et trouve un moyen de régler ce problème, il convient que cette province le dise au reste du pays et il convient qu'elle soit écoutée. Si par contre, elle ne prend pas les bonnes mesures, nous devons pouvoir le lui faire savoir sans ambages.

    Si l'harmonisation des standards vise à faciliter le commerce interprovincial, les standards que nous adopterions devraient être plus élevés et justifiés. Les standards nationaux devraient enfin être inspirés par les usagers eux-mêmes plutôt que par la bureaucratie.

  2. On donne « la priorité aux besoins internes », ce qui signifie que toute harmonisation ou négociation offerte à des pays étrangers doit être offerte en premier lieu et concurremment à toutes les provinces. L'électricité vendue par le Québec à l'État de New York ne devrait jamais coûter davantage si elle est vendue par la suite au Nouveau-Brunswick;

  3. On rend exécutoires les décisions d'arbitrage. Il y a plusieurs manières d'y parvenir, mais pour cela, il faut apporter un changement immédiat. Présentement, il n'y a que la pression de l'opinion publique et une obligation morale qui incitent une province à se soumettre à une décision.

  4. On intègre la promotion et la surveillance de l'ACI dans les tâches de l'Ombudsman de la Confédération et on en fait un élément de la vérification de la Confédération, tel que cela est décrit à la Section 2 sur les Relations fédérales-provinciales;

  5. Les secteurs public et privé doivent s'entendre pour mieux communiquer la valeur de l'Accord et le rôle du commerce interprovincial. Les politiciens canadiens et le milieu des affaires n'hésitent jamais à annoncer le moindre contrat commercial signé avec l'étranger. Il est grand temps qu'ils fassent état des progrès enregistrés sur ce même plan à l'intérieur de notre pays;

  6. On insiste pour que le gouvernement fédéral et les gouvernements provinciaux s'engagent à fond dans l'ACI et se dotent d'un champion qui le défendra. Il vaut la peine de le souligner, cet accord extrêmement important risque de mourir par négligence. Peut-être le gouvernement fédéral devrait assumer le rôle de champion. Mais si cela risquait de mettre l'ACI danger, peut-être que ce rôle de champion devrait être joué par l'Ombudsman de la Confédération, tout simplement. Il ne fait aucun doute que quelqu'un quelque part doit assumer un rôle de leadership, car là où il y a trop de cuisiniers, ceux-ci ont tendance à gâter la sauce, surtout si les apprentis-cuisiniers refusent d'ajouter les bons ingrédients.

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