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On assiste depuis des années à un débat majeur quant à la façon de concevoir et de décrire la société canadienne. Ce débat ne fait que déchaîner les passions et les divisions au sein de la population. Ces désaccords profonds sont mis en évidence chaque fois que le pays envisage la possibilité de reconnaître formellement le Québec en tant que société distincte. En dépit des malentendus et des contradictions qui abondent lorsque l'on aborde de tels sujets, les Canadiens continuent de poser des questions explosives telles que « Sommes-nous une province ou une nation ? Un peuple ou de simples citoyens ? Une communauté ou bien une société ? ». Dans ce domaine, uni.ca apporte une perspective spécifique. Notre but est de contribuer au débat national en demeurant constructifs et en présentant une vision synthétisée des points de vue les plus répandus sur la question. Notre perception, c'est que nous ne perdons rien en reconnaissant une partie de notre pays. Le fait de reconnaître telle ou telle région du Canada ne diminue aucunement l'importance des autres régions. Rien ne nous empêche de reconnaître et de célébrer la beauté et l'unité du Canada dans son ensemble, tout en reconnaissant et en célébrant la contribution de certains de ses éléments. Pour promouvoir l'unité canadienne, uni.ca préconise l'inclusion dans la Constitution du Canada de deux clauses interprétatives :
Clause reconnaissant la composition sociologique du Canada : « Le Canada constitue un pays et une société issus de l'interaction de trois sociétés uniques et ouvertes :
La présente clause ne diminue en rien les pouvoirs des divers paliers de gouvernement en ce qui a trait à la promotion du multiculturalisme au Canada. » Il convient de clarifier la signification de cette clause afin d'éviter tout malentendu. Le mot « société », tel qu'employé ci-dessus, correspond à l'entité sociale dans laquelle les Canadiens évoluent quotidiennement. Il s'agit du reste d'entités « ouvertes » de sorte que n'importe qui peut appartenir à chacune des sociétés. Les Canadiens de longue date de même que ceux qui sont nouvellement arrivés peuvent aller et venir entre les trois ou appartenir à plusieurs d'entre elles. Un exemple concret serait celui d'un immigrant grec qui s'établirait à Calgary ou à Chicoutimi. Chaque jour, cet immigrant évoluerait soit dans une société francophone soit dans une société anglophone. L'interaction avec les autres Canadiens serait conditionnée par le contexte social spécifique où il évoluerait. Bien entendu, cet immigrant pourrait aussi interagir avec des membres de la communauté grecque, mais ce serait à un niveau différent, extérieur au cadre sociologique où il vit au Canada. Plusieurs communautés se sont ainsi constituées à partir d'une appartenance ethnique, d'une occupation particulière, d'une religion (et à partir d'autres caractéristiques identitaires collectives ou individuelles) tout en continuant de fonctionner dans le cadre canadien. Par conséquent, ce qu'il faut retenir en premier lieu, c'est que chaque individu peut s'il le désire faire partie de nos trois sociétés, quelle que soit son appartenance ethnique ou linguistique. Deuxièmement, il y a d'énormes similitudes entre les trois sociétés, mais les différences demeurent visibles. À commencer par le comportement social en certaines circonstances, la manière de conclure une affaire, la façon de se saluer, le milieu culturel en général et une foule d'autres petites variations qui s'ajoutent les unes aux autres et qui viennent modifier le type d'interactions qui existent entre Canadiens. Nous avons décidé de mettre l'accent sur la composante linguistique, car c'est un élément fondamental qui explique la plupart de nos particularités sociales. Trop souvent, l'on choisit de n'examiner que les différences qui nous séparent. Nous estimons au contraire que notre clause exprime à merveille la contradiction canadienne, qui trouve l'unité et la similitude au sein même de la différence et de la diversité. En fin de compte, les ressemblances entre nos trois sociétés pèsent plus lourd dans la balance que les différences. En tant que Canadiens, nous partageons le désir pacifique de collaborer, de progresser tant au plan social et qu'au plan économique ; nous sommes respectueux des lois et croyons en l'égalité des personnes. Nos trois sociétés partagent les mêmes idéaux et c'est ce qui leur a permis de cohabiter et de constituer par la suite une société qui dépasse aujourd'hui leur société originale. Mais ce qui est sans doute encore plus significatif, c'est que nos sociétés se soient développées côte à côte, accentuant comme par osmose leurs ressemblances. Elles n'ont cessé de s'influencer mutuellement au plan social, tant et si bien qu'il est devenu presque impossible de dire ce que chacune d'entre elles serait devenue individuellement sans la présence des deux autres. Nos trois sociétés sont donc fondamentalement reliées par le biais de leur interaction sociale et par l'acquisition progressive de valeurs nationales communes. Résultat : trois sociétés uniques, distinctes certes, mais aux frontières floues et complémentaires. Il convient de mentionner en terminant que la situation décrite ci-dessus ne demeurera pas nécessairement stable pour l'éternité. Il se peut que certaines des entités que nous appelons aujourd'hui communautés - en nous basant sur leur appartenance à un groupe ethnique, linguistique ou autre - deviennent un jour des regroupements sociaux d'envergure, qui mériteront d'être reconnus pour ce qu'ils seront devenus. Ce qui nous amène à parler du thème qui revêt le plus d'importance pour l'avenir immédiat de notre société. Dans le contexte actuel, force est de constater que le Québec joue à lui seul un rôle irremplaçable et positif au sein de la société francophone. Pour reconnaître ce fait et le souligner, uni.ca préconise l'inclusion d'une seconde clause interprétative à la Constitution canadienne : Cette clause reconnaîtrait le Québec. « Nous reconnaissons que Québec joue un rôle essentiel au sein de la fédération canadienne en contribuant à assurer une voix puissante pour le Canada français. Pour refléter ce fait et cette responsabilité, la province de Québec a besoin d'être reconnue par le biais d'une clause interprétative de la constitution canadienne. Cette reconnaissance ne diminue en rien le rôle des autres entités politiques canadiennes et ne réduit pas le pouvoir suprême de la constitution. En outre, la présente clause conserve intact l'engagement du gouvernement fédéral et des gouvernements provinciaux en ce qui a trait aux droits des minorités ». Une des nuances qu'il convient de noter au passage est la suivante. La clause affirme que … « le Québec joue un rôle essentiel », ce qui laisse la porte ouverte à d'autres entités qui pourraient vouloir éventuellement jouer un rôle. C'est là un avantage à nos yeux, car nous estimons que la responsabilité suprême pour la promotion du fait français au Canada se trouve entre les mains du gouvernement fédéral, seul agent politique réellement pan-canadien. La clause n'écarte pas non plus la collaboration éventuelle des gouvernements provinciaux, en particulier de ceux du Québec et du Nouveau Brunswick. La promotion du fait français apparaît donc comme une responsabilité partagée dans un cadre flexible où les mandats se chevauchent et ne sont pas mutuellement exclusifs. La clause que nous proposons donne au « Québec » un rôle essentiel, en désignant « la province de Québec » comme l'entité politique qu'il convient de reconnaître au plan constitutionnel. Il peut y avoir plusieurs versions de ce que l'on appelle le « Québec « et chacune d'entre elles est importante pour le Canada, mais aucune n'est véritablement synonyme du gouvernement provincial de la province de Québec. Enfin, les mots « ce fait » et « cette responsabilité » sont essentiels dans cette clause. Premièrement, il est évident que le Québec est important pour le Canada et pour le fait français. Même si certaines initiatives sociales, culturelles ou politiques sont destinées à des Canadiens français situés à l'extérieur de la province, toute mesure émanant du Québec aura un retentissement national, parfois même mondial. Le Québec a donc une responsabilité spéciale qui doit être reconnue. En somme Reconnaître ce qui constitue la société canadienne est indispensable pour assurer l'intégrité sociale du pays. C'est avant tout une question de respect. La définition d'une société sera rarement parfaite du premier coup, rarement claire et contiendra invariablement de multiples exceptions à la règle. De plus, toute situation peut évoluer avec le temps. À l'heure actuelle et pour l'avenir prévisible, nous estimons que le Canada est un tout comprenant trois composantes bien identifiables. Nous estimons par ailleurs que le Québec joue un rôle de premier plan au sein de la composante francophone de notre société. Uni.ca souhaite non seulement que ces deux réalités soient reconnues, mais surtout qu'elles soient considérées comme positives, dignes d'être reconnues, promues et célébrées. |
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