En exclusivité : Benoît Pelletier

5- Monsieur le Ministre, quelles attitudes rencontrez-vous au Canada en ce qui a trait aux propositions contenues dans votre rapport. Quelle sorte d'accueil vous a-t-on réservé jusqu'à présent ?

À l'égard des propositions ?… Je pense qu'il faut distinguer de quelles propositions il s'agit. Il y en a de divers ordres. Il y a des propositions qui sont de nature constitutionnelle et des propositions de nature non constitutionnelle. Par rapport aux propositions constitutionnelles, je sens qu'il n'y a pas d'appétit ni au Québec, ni dans le reste du Canada pour rouvrir le dossier constitutionnel. Laissez-moi vous dire que dans le fond, cela se comprend, car il y a eu des expériences très douloureuses sur ce plan dans l'ensemble du pays. D'ailleurs, nous n'avons pas l'intention d'ouvrir la Constitution au cours du présent mandat. La raison en est fort simple, c'est que d'ouvrir la Constitution, cela représente un exercice de longue haleine, cela demande une préparation très soignée et cela exige comme condition préalable un renforcement du Québec au plan politique, au plan social et au plan économique. Tant que le Québec ne sera pas renforcé sur ces différents plans, le Québec va être dans une moins bonne position à la table de négociation constitutionnelle. Le jour où le Québec sera renforcé au plan politique, économique et culturel, il devient possible pour lui de bâtir des alliances autour de propositions constitutionnelles. Mais il n'y a rien que je vois sur l'écran radar qui me permette de croire que nous allons pouvoir ouvrir la Constitution à moyen terme.

Cependant notre rapport ne s'est pas buté contre le mur constitutionnel ; le rapport a essayé d'explorer des avenues de réforme du fédéralisme canadien qui soient non constitutionnelles. C'est peut-être la contribution la plus intéressante du rapport au débat politique. Nous avons tout simplement reconnu que le débat constitutionnel n'était pas suffisamment mûr pour que le Québec puisse se permettre de proposer une réouverture, mais en même temps, nous n'avons pas abdiqué. Nous avons continué à développer des façons de réformer le fédéralisme canadien qui puissent être acceptables à toutes les provinces et, en même temps, qui puissent nous éviter de rouvrir la Constitution. Parmi les propositions que nous avons avancées, il y a le Conseil de la fédération, proposition qui a été retenue par les provinces canadiennes à Charlottetown en juillet dernier et qui a été très bien acceptée.

Par ailleurs, le rapport parle de renforcer le rôle du Québec au plan international. Je pense que les gens ont vu depuis l'arrivée du gouvernement Charest qu'effectivement on a enregistré beaucoup de progrès en ce qui concerne le rôle du Québec au plan international. On n'a pas fini non plus. Il y a ma collègue Monique Gagnon-Tremblay, qui est la ministre responsable de ce dossier et qui, avec Jean Charest, fait un excellent travail depuis que nous avons pris le pouvoir. Il y a toute la question du renforcement de l'union économique canadienne qui est sur la table. Il y a la question du rapprochement Québec-Ontario qui est sur la table également, et où je pense qu'il y aura passablement de développements au cours des prochaines années. Il y a donc beaucoup de choses qui fonctionnent bien et qui découlent directement ou indirectement du rapport.

Somme toute, les grandes orientations du rapport font leur chemin et, même dans certains cas, font leur chemin beaucoup plus rapidement que je ne l'aurais cru. En fait je pensais que le Conseil de la fédération aurait pris beaucoup plus d'années avant qu'on puisse espérer voir sa création. Or, nous sommes à quelques semaines à peine de sa mise en œuvre.


Copyright © 2002  Uni.ca  Tous droits réservés.